Résumé
du Livre 1 :
Le temps et la recherche limnologique sur le Léman et le Baïkal
Résumé
du Livre 2 :
Géographie du Baïkal et du Léman, cartographie analytique
et synthètique à l'échelle du lac
Résumé
du Livre 3 :
Géographie du Baïkal et du Léman, changements d'échelle
Le Baïkal et le Léman, géographie
et histoire de la géographie de deux lacs
La machine lacustre mérite,
dans le but de saisir les mécanismes généraux qui en régissent le fonctionnement,
d'être étudiée à l'échelle mondiale. Ce terme est entendu dans le sens large
de la prise en compte d'un espace d'une taille telle que le Baïkal et le
Léman peuvent être considérés comme des points. C'est l'échelle de la zonalité,
de l'influence de la longitude sur le caractère océanique ou continental
du climat, du cycle de l'eau, de la tectonique des plaques, de l'évolution
des espèces vers l'endémisme, de l'évolution des techniques humaines. L'étude
à cette échelle spatiale est menée en tenant particulièrement compte du
rôle des différentes échelles de temps.
L'influence
climatique des 100° de longitude séparant les deux lacs est énorme sur l'hydrologie
du Baïkal et du Léman, faisant du premier un lac dimictique, donc remarquablement
oxygéné sur toute sa tranche, pourtant très épaisse, et recouvert par une épaisse
banquise chaque année pendant cinq mois, et du second un lac monomictique chaud,
voire, près d'une année sur deux, méromictique, provoquant ainsi un déficit
en oxygène dans les couches profondes, accentué en outre par les conséquences
de l'eutrophisation.
La cuvette lacustre du Baïkal
est un grand volume structural et une forme géomorphologique durable à l'échelle
de la dizaine de millions d'années. c'est un rift dont l'ouverture serait
liée à la collision des plaques lithosphériques indienne et eurasiatique.
La cuvette lacustre lémanique est au contraire une forme de détail du modelé
et une forme éphémère à l'échelle de la dizaine de milliers d'années. c'est
un héritage morphoclimatique de la dernière glaciation, en train d'être
comblé.
La
très longue évolution isolée du Baïkal a permis le développement de plus d'un
millier d'espèces végétales et animales endémiques, comme la nerpa, la golomjanka
ou l'omul. puis le Baïkal a vu arriver l'Homme, exploitant depuis peu ce lac
vierge. C'est au contraire l'Homme qui a vu arriver le Léman, participant dès
l'origine à ses caractères biogéographiques.
La plupart des rouages de la machine
lacustre fonctionnent en étant alimentés par les apports du bassin-versant
en eau et en sédiments. Les variations des bilans hydrologiques et des volumes
des deux lacs sont étudiées à plusieurs échelles de temps. L'étude à l'échelle
du bassin d'alimentation permet en outre d'intégrer le rôle de l'Homme,
dont l'influence sur l'activité du lac est croissante. L'eutrophisation
et la pollution du lac proviennent des rejets anthropiques dans le bassin-versant.
Le Baïkal est de ce point de vue un lac naturel en sursis, que la fermeture,
depuis si longtemps annoncée et reportée, du combinat de papier et de cellulose
guérirait définitivement. Le Léman est un lac au littoral construit, en
convalescence depuis l'interdiction par la Suisse de l'utilisation des lessives
à phosphates.

Le
lac agit en retour, de manière beaucoup plus réduite, sur une petite portion
du continent. Nous essayons de délimiter une sorte de bassin de réception à
cette influence. Elle concerne le microclimat lacustre, les héritages morphoclimatiques,
comme les terrasses lacustres, la biogéographie de la partie aval des affluents
du lac.
L'étude à l'échelle régionale permet
de conclure sur l'objectif de cette thèse, la tentative de cerner l'individualité
géographique de chaque lac. Elle ne se contente pas de se servir de toutes
les données précédentes pour les appliquer à l'étude locale des paysages
lacustres. Elle cherche à approfondir la réflexion sur la problématique
du Baïkal et celle du Léman. La personnalité de chaque région lacustre doit
en effet être déterminée par celle du lac tout entier. Le découpage régional
est chargé de confirmer la validité du critère qui avait été choisi dans
le Livre II pour définir une problématique lacustre.
L'idée
directrice du rapport, favorable à la grandeur et à la durée du Baïkal, entre
la vitesse de la formation de la cuvette et celle de son remplissage sédimentaire,
conduit à distinguer cinq régions, le bassin septentrional, le seuil tectonique,
le bassin central, le seuil sédimentaire et le bassin méridional, qui répondent
de façon différenciée à ce critère
L'idée directrice de la soumission,
légèrement nuancée par quelques velléités d'indépendance, du Léman au continent
aboutit à un découpage du lac en trois régions, le Léman du grand affluent,
le Rhône valaisan, le Léman des affluents moyens et le Léman de l'effluent,
le Rhône genevois
Le lac est abordé à l'échelle
de l'observateur, du géographe, qui commence par décrire. Une quarantaine
de cartes analytiques sur la cuvette, l'eau et les organismes vivants permettent
de prendre un premier contact avec le Baïkal et le Léman. Dès que cela est
nécessaire, des éléments d'explication sont intégrés à cette étude à l'échelle
du lac, conduisant ainsi par exemple à la construction de deux cartes géomorphologiques
(fig. 17 et 18).
Dans
un second temps, la cartographie est utilisée pour définir la problématique
géographique de chacun des deux lacs (fig. 46 et 47). Cette synthèse répond
à la nécessité de déterminer la personnalité géographique de chaque individu
lacustre.
Les caractères géomorphologiques,
hydrologiques et biogéographiques du Baïkal sont tous d'importance mondiale,
parce que le rapport entre la vitesse de formation de la cuvette lacustre
et celle de son comblement sédimentaire est particulièrement grand relativement
aux autres lacs. Le plus grand volume d'eau douce et la plus grande profondeur
de tous les lacs du monde, et les innombrables conséquences de ces deux
qualités, bref tous les records liés aux dimensions du Baïkal, en découlent.
La plus grande ancienneté lacustre de la planète, et son influence déterminante
sur l'endémisme biogéographique unique du Baïkal, c'est-à-dire tous les
caractères liés à l'évolution dans le temps de ce lac, en dérivent aussi.
Les deux ensembles de caractères sont en outre corrélés à un échelon supérieur.
C'est parce que le Baïkal est si ancien qu'il est si profond et volumineux
; c'est parce qu'il est si profond et volumineux qu'il a pu traverser les
glaciations sans bouleversement et être ainsi si ancien.
La
problématique du Léman , celle qui lui forge sa personnalité géographique, est
fondée sur le mélange de ses dimensions petites à moyennes, de son origine dans
le temps récente et de sa durée de vie éphémère, avec son seul caractère de
grand lac, soit sa profondeur importante (non pas sa profondeur absolue mais
sa profondeur relative à la superficie, celle-ci étant ramenée à une valeur
d'exposant par un calcul mathématique simple). Le Léman est ainsi à la fois
un lac soumis à son bassin-versant et tenté par l'indépendance, et c'est sur
ce subtil équilibre que s'appuie toute son originalité.
L'étude de l'histoire des
recherches limnologiques sur le Léman et le Baïkal permet de mieux appréhender
ce qu'on attend de nouveau de la part du géographe qui s'intéresse à des
lacs examinés depuis des siècles.
Les
premières allusions écrites au Léman et au Baïkal datent de l'Antiquité, mais
les études précises n'ont pas commencé avant le XVIIIème siècle. Les conditions
de peuplement étaient cependant fort différentes. Fatio de Duillier et de Saussure
furent les deux premiers savants s'intéressant au Léman, tandis que des voyageurs,
des militaires et des exilés du tsar donnaient des renseignements sur la Baïkal.
Les progrès scientifiques croissants et de nouvelles conditions politiques et
économiques favorisèrent le travail de limnologues et autres personnalités scientifiques
de renommée mondiale à la fin du XIXème siècle, Forel et Delebecque pour le
Léman, Doubovskij, Cerskij, Obrucev, Drizenko pour le Baïkal.
Pendant l'entre-deux-guerres,
le biologiste Verešcagin, à la tête de la nouvelle station limnologique
fondée sur les bords du Baïkal, mena de nouvelles recherches dans tous les
domaines et fit faire un bond aux connaissances qu'on avait du grand lac
sibérien. Depuis Genève, Collet fut à l'origine des études géologiques de
la cuvette lémanique.
Depuis
1945, les travaux en équipe dans les instituts de limnologie des deux lacs ont
pris le relais de ceux des chercheurs isolés. Les techniques mises à leur disposition
sont devenues imposantes, surtout sur le Baïkal où des moyens océanographiques
sont constamment utilisés. Les différends ou, au contraire, les coopérations,
entre la France et la Suisse, la Russie et la Mongolie, le système capitaliste
des premiers, communiste des seconds, finançant et orientant les recherches,
ont été à l'origine d'une riche variété de possibilités dans l'étude des deux
lacs et de leur bassin d'alimentation.

L'optique des travaux récents
et actuels traitant des deux lacs n'est pas la même. Les chercheurs du Léman,
quelques dizaines de biologistes et géologues, étudient en premier lieu
l'eutrophisation et la pollution. Ceux du Baïkal, plusieurs milliers de
structures du rift, ainsi que la protection du milieu naturel du bassin-versant.
Pour notre propos, la grande différence entre les deux lacs est l'absence
de recherche géographique dans le cas du Léman, alors que 250 chercheurs
de l'Institut de Géographie d'Irkoutsk étudient le Baïkal.
Il
s'avère finalement que l'attente principale est de cerner la personnalité de
chaque lac. Cela doit être le but de la thèse. Il s'agit pour y parvenir de
mettre à profit les qualités de la Géographie, la cartographie, la globalité,
les changements d'échelle. La mise au point d'une méthode géographique pour
embrasser l'individualité de chaque lac demande d'être validée par son application
sur des lacs très différents, comme le sont le Léman et le Baïkal
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