Lac baïkal
Lac Léman
Analyse linguistique comparative des toponymes des régions lacustres
lac Baïkal - lac Léman
Des parallèles toponymiques
des régions lacustres
A l'époque actuelle, quand l'Orient et l'occident sont liés par des liens
politiques, économiques et culturels, les hommes de tous pays prennent
intérêt aux aspects du développement des territoires et des peuples
lointains. Cet intérêt s'effectue grâce à la communication interculturelle,
où la question de l'étude des parallèles linguistiques occupe l'une des
fonctions importantes. Les recherches de ces parallèles permettront de
désigner la communauté des cultures des peuples lointains et de révéler
les éléments communs se confirmant dans les formes linguistiques. Le
rapport présenté examine les problèmes de ressemblance des
caractéristiques toponymiques des régions lacustres : celle du Baïkal et
celle du Léman (Franco-Suisse) et ne constitue qu'un très modeste début
de l'exploitation de cette richesse onomastique.
Les noms géographiques apparaissent à l'étape la plus ancienne du
développement de la société humaine pour satisfaire aux besoins de
nommer les objets de l'entourage, les paysages, les terres ; ils aidaient les
hommes à concevoir le monde, à s'orienter mieux sur place et à expliquer
les repères indiqués. Quels que soient les moyens de la création des
noms géographiques, ils reflètent toujours la série des traits communs et
universels, fondés en caractéristiques communes du processus de la
pensée : les noms propres saisissent et affermissent les faits typiques de
la réalité ambiante ; chaque langue (mais à sa manière) représente les
mêmes significations et les mêmes rapports qui reflètent les faits réels. En
nous fondant sur ces positions, le plus probable est de prévoir dans les
langues différentes l'existence des réalia identiques et spécifiques qui
sont à dénommer.
L'assortiment de ces réalias dans les langues différentes est déterminé
par les particularités du territoire, de l'histoire et de la culture des peuples
différents. A la base des recherches présentées est pris le composant
géographique, sous lequel on comprend " la géographie spéciale
linguistique, qui étudie les faits de la diffusion à la surface de quelques
mots isolés ou bien de leurs nuances ". Certaine ressemblance
géographique et naturelle des régions étudiées nous permet d'émettre
une hypothèse sur la ressemblance de leurs champs toponymiques. La
notion d'un champ toponymique comprend quelque partie spatiale,
contenant les noms de quelque genre déterminé. La première étape des
recherches suppose l'étude des oronymes et des hydronymes - faisant
partie des toponymes de l'origine naturelle.
Comme on sait, les hydronymes, c'est-à-dire les prénoms des étendues
d'eau forment l'ossature dans la toponymie de chaque peuple, parce que
l'eau comporte la vie. Les premières cartes anciennes sont celles du
réseau hydrographique ( les lacs, les cours d'eau et leurs plaines
nourrissaient les hommes ). Il est constaté, que les noms de grands
fleuves sont d'origine plus ancienne que ceux de petits cours d'eau et des
autres objets, dénommés souvent d'après le nom de ces hydronymes. Et
en somme, les noms des réservoirs et des montagnes sont plus anciens
que ceux des lieux. Par exemple, les savants français Doza A. et Vandries
G. prouvent l'origine prégauloise de la nomination des grands cours d'eau
de la France et mettent en relief le fait de leur stabilité vis-à-vis des autres
toponymes.
Un des moyens nombreux de la création des toponymes est celui de la
transformation des noms communs en noms propres. Les noms communs
sont destinés à dénommer les objets indéterminés, en corrélation avec la
classe des noms de la matière. De nouvelles dénominations utilisent
réitérativement la signification des noms communs connus auparavant
qui deviennent désormais appellatifs ; par exemple, " tourka " est issue
de la langue évenque signifiant " l'ombre " ( une espèce de poisson ) et
qualifie aussi le nom du cours d'eau Tourka ; le nom commun " les cornes
" sert aussi à la nomination du Mont Les Cornes ; les noms " l'aiguille "
et " le couteau " sont utilisés pour qualifier les montagnes " L'Aiguille "
et " Le Couteau ".

Les auteurs de la monographie collective, consacrée à la révélation du
lexique spécial dénominatif ont retiré l'hypothèse de la naissance des
noms propres dans la classe des substantifs. Ils prouvent l'absence des
restrictions de principe pour la transformation de n'importe quelle partie
du discours en noms propres. Comme résultat, les noms propres peuvent
être homonymes à toute partie du discours, et tous ces noms joueront le
rôle d'appellatifs envers leurs noms propres. Ainsi, dans le champ
toponymique de la région de Haute-Savoie nous en trouons la
confirmation : " Dent de Valerne ", " Mont Pelé ", " Les Avants ", " Les
Pléades " et autres. Il existe ainsi une certaine probabilité d'établissement
des moyens typiques de la formation des toponymes du point de vue de
leur structure linguistique.

Il est bien possible d'établir les modèles toponymiques les plus
productifs, qui aideront à suivre des régularités dans la formation des
toponymes des régions étudiées et dans leur motivation sémantique, qui
suppose la correspondance du sens et de la forme. Outre cela, le matériel
onomastique, amassé avec le temps, pourrait relever les unités lexicales
(étant hors d'usage de la langue française, mais conservées dans son
corps toponymique ) et designer leur rôle dans la communication
interculturelle des régions lacustres.
Quand on compare les lacs, les deux bassins-versants qui
les alimentent, le Baïkal domine le Léman par ses
proportions. En effet, le Baïkal est cinquante fois plus
étendu, neuf fois plus long, six fois plus large et cinq fois
plus profond que le Léman. On constate donc que le Baïkal
est deux cent cinquante huit fois plus volumineux que le
Léman. Il y a donc une différence d'échelle considérable
entre ces deux lacs. Ils ne se trouvent pas non plus dans la
même zone climatique. Le lac Baïkal est situé dans une zone
au climat continental (hivers très froids) ; il gèle de janvier à
avril sur la totalité de la surface. Le Léman se trouve dans
une zone au climat frais (hivers doux) ; il n'a jamais été gelé
au cours de l'histoire. Par ailleurs, la région du Baïkal a un
peuplement très clairsemé, tandis que celle du Léman a une
très forte densité de population depuis le néolithique.
Mais si le Baïkal et le Léman ne sont pas à la même échelle,
ils n'ont pas non plus le même âge. Le Baïkal a plus de vingt
millions d'années. C'est le plus vieux lac du monde, sa
formation étant par conséquent bien antérieure à l'arrivée de
l'Homme. L'Homme, au contraire, a vu naître le Léman. La
comparaison est-elle donc impossible ?
Depuis plus d'un siècle cette comparaison est cependant
évoquée par divers auteurs. Ainsi, J.M. Pelt écrit :
"D'Irkoutsk, une belle route goudronnée traverse la taïga et,
en une heure, mène au bord du lac. Surprise : on est en
Suisse. La sauvage beauté du paysage tranche avec les
aménagements soignés des rives : on se croirait aux bords
du Léman dans une atmosphère très XIXème siècle ". Un
scientifique constate " La largeur moyenne du Baïkal égale
la longueur des lacs de Genève ou de Constance ". Sans
multiplier des exemples on remarque que des Européens
visitant un lac ont souvent en tête, comme référence, le
Léman. Quant au Baïkal, il a toujours été de l'espace
pionnier russe et l'épopée de Michel Strogoff n'y est pas
étrangère. Le public occidental a encore cette image en tête.
Le Baïkal a inspiré de nombreux poètes et écrivains russes
(V. Raspoutine, A. Vampilov, M. Sergeev, Y. Evtouchenko)
.
Lac Baïkal au début de l'hiver
Pour les géographes, le Léman et le Baïkal sont tous deux
des lacs unitaires, sans diverticule presque séparée du
corps central, ce sont des lacs exotériques, d'eau douce.
Tous deux sont des lacs de la zone tempérée à brassage
efficace et bien oxygénés. Les aspects géographiques et la
comparaison physiologique des deux lacs font d'ailleurs
l'objet de recherches parallèles entreprises par deux
associations, l'une implantée en Sibérie, l'autre en Haute-
Savoie. Frappés par la ressemblance des deux sites, les
chercheurs russes et français poursuivent ensemble leurs
travaux dans le but d'un rapprochement entre les deux
régions, qui présente des points communs.
Les deux bassin-versants sont encastrés dans des régions
de haute-montagne très accidentées. Les deux plans d'eau
ont été dès la préhistoire des réserves de nourriture (pêche)
et des voies de communication. Des échanges faciles de
produites et d'idées se sont établis, dès l'origine, entre les
établissements riverains de chacun des lacs et une sorte de
civilisation commune a façonné ces populations lacustres.
Par l'intermédiaire des réseaux hydrographiques les
populations des deux lacs ont été en contact avec d'autres
civilisations plus lointaines. On peut supposer que les
préoccupations et les façons de penser des autochtones du
Baïkal et du Léman avaient des points communs, qui se
sont exprimés dans la toponymie. Si nous avons choisi ces
deux régions lacustres c'est pour étudier et comparer leurs
toponymes (hydronymes et oronymes).
Le fondement géographique de notre travail est exprimé par
le titre du mémoire "L'analyse linguistique comparative des
régions lacustres des Lacs Léman et Baïkal". En effet, les
toponymes reflètent à la fois une vision concrète de la
nature et l'imaginaire de la création linguistique.
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Tatiana Lichtovanaya