



Au printemps, la banquise se morcelle, fond progressivement
et les derniers radeaux de glace disparaissent au mois de juin.
Pour construire un Baïkal, la recette est donc simple. Il faut creuser une
profondeur de cinq Léman, calibrer la fosse à 54 Léman, puis la remplir
de 258 Léman en détournant l'eau de 73bassins lémaniques, bien se-couer, pour
faire s'effondrer quelques portions littorales, et faire reposer en climat
continental par -20 à -30 C chaque hiver pendant plusieurs mois. Posé sur
un plat de taïga, il suffit de garnir de quelques villages de pêcheurs…
















Le lac sibérien est une machine à remonter le temps qui permet
d'observer aujourd'hui les vieux mollusques de la famille
des Baicalidés. D'autres organismes sont encore plus originaux, nés ici et
n'ayant jamais essaimé ailleurs. C'est le cas du poisson des profondeurs du
Baïkal, la golomianka. On pourrait la croire pudique, si on se fiait à ses
grandes nageoires pectorales, qui voilent la moitié de son corps, aux reflets
irisés et
nacrés. En fait, elle s'exhibe avec ostentation, car la golomianka est un
poisson transparent, à travers laquelle on dit qu'on peut
lire le journal. Mais sa grande particularité est son mode de reproduction.
Vivipare, elle donne naissance non à des œufs mais à des larves capables de
mener une vie autonome. En outre, les parents meurent à ce moment. On connait
sur la pla-nète quelques autres poissons vivipares.

Note de lecture par Philippe Guichardaz
Un ouvrage d'un intérêt exceptionnel pour connaître et comprendre le pays de nos amis. Ce n'est pas parce que l'auteur fut « давни давно » (il y a fort longtemps) mon élève et, plus récemment, le président du conseil scientifique du colloque de septembre 2007 des Dialogues Européens d'Evian (« Du lac Baïkal à la mer d’Aral et du Léman à l’océan - Eau et développement durable dans l’ère de la globalisation » ) que j'ai décidé de présenter aux heureux lecteurs du Trait d'Union « Les milieux naturels de la Russie – Une biogéographie de l'immensité »
La décision, je l'ai prise dès les premières pages, tant son intérêt m'est apparu exceptionnel, à plus d'un titre.
Exceptionnel, cet ouvrage l'est, d'abord au sens strict du terme, parce que, présentant une géographie physique et environnementale centrée sur la biographie et la pédologie du plus vaste pays du monde, il est, à ma connaissance, le seul paru en français sur ce sujet.
Professeur des universités en géographie, russophone, Laurent Touchart a soutenu en 1994 une thèse de doctorat sur la comparaison de la géographie et de l'histoire de la géographie de deux lacs : Léman et Baïkal (thèse qui est à l'origine de l'ouvrage qui fait référence sur le lac Baïkal, publié en 1998 chez L'Harmattan, dans lequel l'auteur rend hommage au rôle qu'a joué Eurcasia dans la logistique de son premier séjour en Russie). Il a effectué depuis 1992, treize séjours de recherche en Russie d'Europe, en Sibérie et en Extrême-Orient.
« Les milieux naturels de la Russie » étudient successivement, selon un plan zonal, la toundra, la taïga, la forêt de feuillus, la steppe et le désert aride. La rédaction des titres et sous titres des chapitres dégage l'idée force de leur contenu. La conclusion de chacune des cinq parties permet d'en avoir une vue synthétique. Laurent Touchart souligne le « poids d'échelle planétaire compris entre un quart et un cinquième du total mondial, loin devant le Brésil et le Canada » de la forêt russe. « La seule taïga russe représenterait 73% de la forêt boréale mondiale ». Il montre que, bien que comprenant de vastes espaces naturels sans arbre (toundra, steppe et désert), « la Russie est un pays forestier de première importance » et, se gardant cependant d'en exagérer l'importance, il donne là une clé précieuse pour la compréhension de la société russe « ...comme les espaces sans arbre sont de conquête récente, la civilisation russe est forestière » (p.28). Le livre est illustré de nombreuses photographies en couleur, regroupées au milieu du volume et reproduites en noir et blanc, avec commentaire, dans les paragraphes qu'elles concernent.
Le livre de Laurent Touchart n'est pas un ouvrage de vulgarisation. Les énumérations des espèces végétales, la précision du vocabulaire scientifique, les nombreuses et nécessaires références bibliographiques pourront rebuter le lecteur. Mais il ne regrettera pas de franchir ce passage obligé, dont l'austérité est du reste atténuée par des « caricatures géographiques » (p.35, 117, 299, 368) présentant chacun des quatre milieux naturels du pays, par l'humour, voire les jeux de mots bien venus au détour d'un paragraphe, se glissant jusque dans les titres (p.45, 70, 268, 300), ou encore par la description d'une recette de conservation de l'airelle rouge (brousnika), donnée à l'auteur par une villageoise du village de Khoujir, sur l'île d'Olkhon, au cœur du Baïkal (p.260). A travers l'étude des rapports que les peuples de Russie entretiennent avec le milieu naturel et particulièrement la forêt il comprendra pourquoi « la Russie s'est forgée dans les marges sud de la taïga européenne », comment « le noyau de vie en était la clairière de défrichement, mise en culture, appelée polié » (p.229). Plusieurs pages sont consacrées à l'izba et à la maison de bois modernisée « sujet d'actualité (dont l'étude) ne doit pas être laissée aux seuls historiens, ethnographes et spécialistes des civilisations traditionnelles » (p.130). La place qu'occupe le mélèze dans sa construction est expliquée par ses qualités, particulièrement son imputrescibilité. Quant au bouleau, érigé par le poète Sergueï Essenine, au début du XXe siècle, comme « symbole de la Russie, de la patrie bien-aimée » (p.159), même si, depuis la création des magasins Beriozka de l'époque soviétique, destinés aux touristes étrangers, il a pris place parmi les clichés occidentaux caractérisant la Russie, « il est loin d'avoir pour autant disparu de l'intérieur profond du peuple russe » (p.160).
Les problèmes des agressions dont sont victimes les milieux naturels russes, incendies de forêts, surexploitation, lessivage ou salinisation du riche tchernozium de la steppe, les conséquences de la conquête des « terres vierges » décidée par Krouchtchev sont traités, de même que la question très sensible de la pollution du Baïkal par l'usine de cellulose de Baïkalsk (p. 151 et suivantes). Mais, et ce n'est pas le moindre des mérites de cette étude, ils le sont sans complaisance comme sans a priori, ou, si l'on veut, avec un parti pris de non parti pris. Cette démarche n'est pas contradictoire avec un amour du pays, de sa culture qui transparait à travers les références littéraires, nombreuses et d'autant plus pertinentes qu'elles illustrent le rapport intime que les grands écrivains et poètes russes entretiennent avec la nature.
Naturellement, oserais-je écrire, la conclusion est consacrée à la forêt et les dernières lignes à une réflexion sur l'idée que se font les occidentaux de la taïga. Relevant qu' « il n'est sans doute pas de bon ton, en France, de n'être pas d'un seul ton, celui de la monotonie des paysages russes », l'auteur termine par une citation de Tourgueniev, imputant au nihiliste Bazarov la grande erreur de croire que tout être vivant, homme ou arbre, est semblable à l'autre : « Il suffit d'un exemplaire d'humanité pour juger d'après lui de tous les autres. Les hommes sont comme les arbres d'une forêt : aucun botaniste n'irait s'amuser à étudier les bouleaux un par un » (Pères et fils, 1862, chap.XVI). « Les russes ne sont pas comme les arbres d'une forêt », conclue Laurent Touchart.

Le 17 novembre 2010, l'Agence russe d'information internationale RIA Novosti, l'une des plus importantes agences de presse de Russie avec TASS et Interfax a publié une déclaration du ministre russe des Ressources naturelles, Iouri Troutnev, répondant aux questions des députés durant l'"heure gouvernementale" à la Douma, d’une importance capitale pour l’avenir de la « mer sacrée » des Sibériens : « Nous croyons qu'il est nécessaire de fermer l'usine de pâte à papier de Baïkalsk » a-t-il dit. Il a ajouté que la décision de fermer l'entreprise passait par une multitude de compromis, et qu'un délai de trois ans avait été accordé pour résoudre les problèmes économiques et sociaux de la région.
« C'est une honte que le problème de la réinsertion des quelque 1.800 employés ne soit toujours pas réglé », s'est, en outre, indigné le ministre.
Cette déclaration pourrait mettre un terme à une bataille pour la sauvegarde de la plus grande réserve d’eau douce de la planète, bataille engagée voici plus d’une demi siècle…Sous Staline, des projets géants…
Staline projetait en effet, dans la logique de ses plans de domestication de la nature au service de l’industrialisation, tout un ensemble d’usines utilisant l’eau du Baïkal. A l’époque c’est peu de dire que les préoccupations écologiques ne faisaient pas partie des priorités gouvernementales. L’époque n’était pas non plus à l’expression libre et spontanée de l’opinion publique. Et pourtant…. C’est du monde scientifique que craintes pour l’environnement et objections s’élèvent. Pas de manifestations, mais les arguments mis en avant pesèrent suffisamment pour que les projets soient abandonnés. Il s’est donc produit ce qui peut être considéré comme la première manifestation d’une opinion publique indépendante des directives du pouvoir.
De Khrouchtchev à Gorbatchev, heures et malheurs d’une grande usine.
Le contexte de Guerre froide est un élément clef de la décision de l’URSS de se doter, comme les Américains, des moyens de fabriquer de la supercellulose, un matériau stratégique utilisé dans l’aviation. Le Baïkal fournira l‘eau très peu minéralisée nécessaire à la fabrication de ce produit et la taïga, la matière première. La décision, prise par Khrouchtchev dès 1954, sera mise en œuvre par Brejnev. En 1961 une ville nouvelle, appelée Baïkalsk, est mise en chantier parallèlement à la construction de l’usine, sur la rive sud du lac Baïkal, à 90 km au sud d’Irkoutsk, sur le tracé du transsibérien. En 1966 l’usine entre en activité, alors même que la supercellulose est détrônée par les fibres synthétiques. Cela n’a pas empêché l’entreprise de produire d’importantes quantités de cellulose et de pâte à papier, tandis que la population de la ville croissait rapidement : 13 000 habitants en 1970, plus de 16 000 en à la fin des années 80. L’usine est pratiquement le seul employeur de cette population. 70% des eaux sont rejetées dans le lac, à 150m du rivage, après être passées par le système d’épuration de l’usine, 30% des eaux sont rejetées directement dans le lac, la direction de l’usine estimant qu’il s’agit d’eaux propres. En fait les rejets de l’usine contiennent des substances polluantes à un niveau de concentration supérieur aux normes admises pour qu’une eau soit déclarée potable. Les eaux usées rejetées dans le lac polarisent l’attention, mais elles ne sont pas les seuls polluants. Les cheminées de l’usine déversent dans l’air des produits toxiques, gaz et poussières, que les vents dominants dirigent, en été, sur le lac et qui stagnent en hiver au dessus de la région. Dans les années soixante et soixante dix, les critiques de certains scientifiques, qui alertent sur le danger que constituent ces rejets pour la pureté d’un lac dont, depuis toujours, les habitants boivent l’eau sans qu’elle ait été filtrée, sont sans effet. La contestation reste circonscrite à ces cercles restreints.
Avec l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev le débat est relancé. Un projet de reconversion de l’usine en fabrique de meubles est évoqué, sans qu’il y soit donné suite. L’usine continue à fonctionner, à polluer, à un rythme toutefois ralenti par les difficultés économiques qui vont s’aggravant, d’autant qu’elle ne peut accéder aux marchés extérieurs, car elle ne répond pas aux exigences nouvelles, relatives à la protection de l’environnement, qui s’imposent progressivement dans les échanges internationaux. Les papeteries sont tenues en effet de s’assurer que leurs fournisseurs respectent des normes strictes en matière de respect du milieu naturel : renouvellement de la forêt, qualité des eaux. Contactés par les responsables d’une papeterie des rives du Léman, les dirigeants de l’usine de Baïkalsk répondent qu’ils ne disposent pas des moyens financiers qui permettraient l’installation des équipements anti-pollution requis.
Enfin, le contexte international, qui avait été à l‘origine de la création de l’usine, va, de nouveau, jouer un rôle important, mais dans un sens opposé. Un autre élément nouveau va s’inviter dans le débat : l’opinion publique, nationale et internationale.L’époque post-soviétique, entrée en scène de l’UNESCO
L’élément nouveau du contexte international qui va peser sur le sort de l’usine n’est pas la fin de la Guerre froide, puisque – on l’a dit - l’usine avait perdu de son intérêt stratégique avant même d’entrer en service. Il s’agit de l’inscription par l’UNESCO, lors de sa 20e session, tenue à Mexico en décembre 1996, du lac Baïkal au Patrimoine mondial de l’Humanité. Du même coup la question de la protection du Baïkal est internationalisée et la Russie est tenue de se soumettre à des exigences strictes concernant la protection de la qualité de l’eau.
On peut en juger en lisant le texte ci-dessous, extrait du site officiel de l’UNESCO
« Le Comité a inscrit le lac Baïkal sur la base des critères naturels (vii), (viii), (ix) et (x), considérant qu'il constitue l'exemple le plus exceptionnel d'écosystème d'eau douce. Il s'agit du plus vieux et plus profond lac du monde qui contient environ 20% des réserves d'eau douce courante. Le lac contient une variété remarquable de flore et de faune endémique, d'exceptionnelle valeur pour les sciences de l'évolution. Il est également entouré par un système d'aires protégées d'une beauté naturelle exceptionnelle. Le Comité a pris note de la confirmation des limites révisées du site, qui correspondent aux zones définies dans la Loi fédérale sur la protection du lac Baïkal (excluant les cinq zones urbaines développées). Il a également noté que la Loi spéciale du Lac Baïkal est actuellement en seconde lecture à la Douma. Il a enfin fait part de sa préoccupation en ce qui concerne certains points relatifs à l'intégrité du site, y compris la pollution, qui devraient être portés à l'attention des autorités russes. »La force de la pression exercée par l’UNESCO va apparaître à l’occasion d’un nouveau danger pour le Baïkal : le projet de construction d’un immense oléoduc, « Transneft » reliant Irkoutsk à la région de Vladivostock, et dont le tracé initial passait sur le bassin versant. On imagine ce qui se serait produit en cas de rupture. Rupture que pourrait provoquer l’activité sismique significative de la zone de fossé tectonique où s’est installé le Baïkal depuis 25 millions d’années. Dès juillet 2005, le Comité du patrimoine mondial a pris position dans le dossier Transneft. Rappelant "la valeur universelle exceptionnelle" du lac, il a jugé que "tout développement d'oléoduc franchissant le bassin versant du lac Baïkal et de ses principaux affluents justifierait l'inscription du lac sur la liste du Patrimoine mondial en péril". En mars 2006 la présidente du Comité du patrimoine mondial a adressé une lettre au président de la Fédération de Russie attirant son attention sur le fait que le maintien du tracé contesté pourrait provoquer le classement du lac Baikal dans la liste du patrimoine mondial en péril. Le 26 avril, le président Poutine décidait l‘éloignement de l’oléoduc. Le nouveau tracé, « passant à une distance de 250 à 450 km du lac et à l’extérieur des limites du bien du patrimoine mondial, comme le recommandait la mission conjointe de suivi du Centre du patrimoine mondial d’octobre 2005 », le Comité du patrimoine mondial « félicite l’Etat partie de cette courageuse décision » à l’occasion de sa session du 3 juillet 2006.
La pression de l’UNESCO ne se relâche pas pour autant sur la question centrale, celle de l’usine de Baïkalsk. Ainsi dans la même session, le Comité « incite l’Etat partie à… la mise en œuvre du plan de reconversion pour l’usine de pâte à papier, qui devrait déboucher sur la mise en place d’un système d’eau en circuit fermé d’ici 2007 ».
Circuit fermé… Serait-ce la solution miracle qui préserverait et le lac et l’emploi ? La Russie semble s’y rallier, sans hâte excessive, puisque le Comité du patrimoine mondial, un an plus tard, « approuve la décision … d’établir un calendrier précis pour la conversion de l’usine de pâte à papier de Baïkalsk en un cycle d’alimentation en eau en circuit fermé » et ajoute « demande également à l’Etat partie de fournir au Centre du Patrimoine mondial, avant le 1er février 2008, un rapport détaillé sur l’état… de l’avancement réalisé dans la mise en œuvre des recommandations ». Avant le 1er février 2008 – la date est soulignée dans le document disponible sur internet. La Russie s’exécute, et constate que la solution miracle ne l’est pas : le produit obtenu avec un système de circuit fermé est de médiocre qualité. En octobre 2008 l’usine est fermée !... Aucune mesure de reconversion du personnel n’a été prise à cette date.
Nouveau rebondissement et entrée en scène de l’opinion publique
L’UNESCO ne plaide pas pour la protection du Baïkal dans un désert d’indifférence. Les associations écologistes, à travers le monde, sont nombreuses et promptes à exprimer leurs inquiétudes. Parfois non sans outrances , au risque d’affaiblir singulièrement l’argumentation. Il n’est que de rester quelques minutes sur internet pour s’en convaincre. Ainsi, lorsqu’on lit, sous la plume d’un certain Thomas Johson écrivant dans l’Almanach 2001 d’Actuel, « A l'âge de la bataille de l'eau, il serait irresponsable de laisser un cinquième de l'eau douce de la Terre se transformer en cloaque », on se demande si l’auteur a conscience du rapport entre le volume d’eau que représente le Baïkal et celui, certes inadmissible, des rejets polluants. Plus sérieusement, je ferai mienne la conclusion d’un spécialiste français de ce lac, Laurent Touchart : « L’inertie du Baïkal, par son gigantesque volume, mais aussi par sa capacité d’autoépuration… ne doit pas être un prétexte pour ne pas prendre des mesures, mais bien au contraire considérée comme une chance. »
Les associations écologistes étrangères ne sont pas les seules à se mobiliser. L’opinion publique russe entre désormais en scène, de manière – nous le verrons - quelque peu inattendue pour le gouvernement. Les récents rebondissements concernant le sort de l’usine vont en être l’occasion.
Le 13 janvier 2010, le premier ministre, Vladimir Poutine, signe un décret autorisant la réouverture de l’usine, sans utilisation de circuit fermé pour les eaux. Cette décision va provoquer des manifestations, non seulement à Irkoutsk, mais aussi à Moscou et Saint-Petersbourg. A Irkoutsk, ville particulièrement concernée, puisque située à seulement 60 km du Baïkal, le 13 février, les organisateurs annoncent 2000 personnes, la police, environ 500 (les problèmes de comptabilité lors de manifestations ne sont pas une exclusivité française). Quel que soit le chiffre retenu, il peut paraître modeste, eu égard à l’importance de l’enjeu. Mais il ne reflète pas la vigueur de l’opposition. C’est un mois plus tard que celle-ci va se manifester, à la surprise du gouvernement. Le 14 mars ont lieu des élections régionales ou municipales partielles. Les candidats de Russie Unie, soutenus par le pouvoir fédéral, l’emportent dans la plupart des cas. Mais à Irkoutsk, où il s’agit d’élire le maire, le candidat de Russie Unie ne rassemble que 27% des voix contre près de 62% au candidat du parti communiste. Retour en force du communisme dans la grande métropole sibérienne ? Non. La victoire de Viktor Kondratchov, inconnu du grand public, s’explique par le fait qu’il s’est publiquement et fermement opposé à la réouverture de l’usine !
Le 17 novembre, le gouvernement russe annonçait à la Douma la décision de fermer l’usine et reconnaît l’urgence de résoudre le problème de la reconversion des ouvriers, employés, techniciens et ingénieurs qui y avaient retrouvé un emploi (plus d’un millier) .
Irkoutsk n’est pas toute la Russie. Ni non plus une sorte de « dernier village gaulois », version slave. Les conclusions que l’on peut tirer de l’histoire mouvementée de l’usine de Baïkalsk ne peuvent donc pas avoir de portée générale pour cet immense pays habilité à conclure que :
- le système électoral, dans cette ville de 600 000 habitants, fonctionne de manière telle qu’il reflète l’état de l’opinion
- une opinion publique existe dans ce pays, qui n’est pas le produit de la propagande gouvernementale et dont le poids ne peut se mesurer au nombre de personnes descendant dans la rue ?Philippe Guichardaz
Sur le Baïkal l’auteur recommande
« Le lac Baïkal », Laurent Touchart - L’Harmattan .1998 . Un ouvrage, résultant de 6 ans de travail ainsi que de trois séjours de plusieurs mois sur le terrain baïkalien (la logistique du deuxième ayant été assurée par Eurcasia). Pour la première fois histoire, géographie et écologie sont associées dans l’étude de ce trésor de l’humanité. Laurent Touchart a été le président du Conseil scientifique du 3e colloque des Dialogues Européens d’Evian, tenu à Evian en septembre 2007, sur le thème « eau et développement durable à l’ère de la globalisation ».
« Baïkal », Valentin Raspoutine – traduction de Jacques Imbert – Alidades, 1997, prose poétique dans laquelle l’écrivain sibérien « s’essaie à dire le lien d’émotion profonde qui le rattache, dans la proximité immense et multiforme du lac Baïkal, à ce que l’on a coutume d’appeler : l’esprit du lieu », selon les termes de l’éditeur.
Alidades est une association amie d’Eurcasia avec laquelle elle collabore dans la mise la disposition du public d’auteurs sibériens. Commande par internet www.alidades.fr